Coup de Coeur,  Le saviez-vous ?,  Les Bières Trappistes

Chimay (abbaye Notre Dame de Scourmont)

En 1844, au cours de l'été, M. l'abbé J.-B. Jourdain, curé de Virelles, se rendait avec quelques confrères à une conférence ecclésiastique qui devait se tenir au Rièzes de Chimay. Ensemble, ils suivaient l'ancienne route qui traversait les hameaux de Poteaupré et de Scourmont. Cette route serpentait à travers bois, mais au-delà de Scourmont, elle débouchait devant une grande clairière marécageuse, où courait la Wartoise : le site était sauvage : le bon curé de Virelles fit remarquer à ses confrères qu'il conviendrait parfaitement à une colonie de cisterciens. 

 

La suggestion était inattendue, elle parut originale : elle devint bientôt un projet que le temps transforma en réalité : voici comment.

A quelques jours de là, le Prince de Chimay se rendit à Virelles, chez M. l'abbé Jourdain pour lui demander s'il ne connaissait pas quelque prêtre sans occupation fixe qui put dire la messe le dimanche dans la chapelle de son château... " Prince, répondit M. le Curé, comme je traversais, il n'y a pas bien longtemps, l'immense clairière que vous possédez au hameau de Scourmont, l'idée me vint que sur ce terrain qui ne produit pas grand chose, il faudrait des cisterciens ! Ils montreraient aux habitants de ce pays, ce qu'un travail méthodique et persévérant peut tirer du sol le plus rebel. Quelle bonne ouvre vous feriez en leur cédant ce coin de vos domaines !... Et vous auriez du coup le prêtre que vous désirez ". Le prince goûta fort cette proposition et chargea M. Jourdain d'ouvrir, à ce sujet, des négociations avec le R. P. Abbé de Westmalle.Pendant plusieurs années, le curé de Virelles multiplia les démarches : ce fut en vain. Il s'adressa alors au Prieur de Saint-Sixte. Celui-ci accepta la fondation et, les formalités remplies, désigna quinze religieux pour la réaliser. L'emplacement qui leur était destiné se trouvait sur la commune de Forges, au hameau de Scourmont, à 9 km de la petite ville de Chimay il portait le nom caractéristique de "Hauts marais "... 

Les religieux arrivèrent le 22 juillet 1850. Il serait impossible de raconter en détail toutes les privations, les fatigues et les labeurs qui furent leur partage pendant les premières années. La ferme qui leur servait d'habitation, construite pour de pauvres métayers, ne convenait aucunement à la vie régulière d'une communauté. Le terrain n'était que fondrières et marécages. Enfin, les conditions climatiques étaient détestables : la gelée se faisait sentir jusqu'au mois de juillet ; même pendant l'été, un brouillard malsain planait sur cette région jusque vers 10 et 11 heures du matin. 

Dès les premiers jours, les moines durent donc mener de front le défrichement et les constructions : leur courage provoqua l'admiration des habitants, témoins journaliers de la ténacité de leurs efforts. Grâce à leur travail, à leur esprit de pauvreté et au produit des quêtes auxquelles ils durent se résoudre, dès 1863, les religieux avaient terminé la construction de tous les lieux réguliers et leur monastère s'élevait imposant et majestueux au milieu d'une campagne que leurs sueurs avaient fertilisée. 

Alors, l'Eglise, par l'organe de son Pontife suprême, mit après Dieu, son sceau sur l'ouvre déjà Si féconde et si pleine de promesses. Le 14 septembre 1871, le prieuré de N.-D. de Scourmont était érigé en Abbaye et le 21 novembre suivant, le R. P. Dom Hyacinthe Bouteca, l'un des plus vaillants ouvriers de la première heure, recevait la bénédiction abbatiale dans l'église conventuelle, son ouvre de prédilection. 

Durant la guerre et l'occupation Allemande, N.-D. de Scourmont eut beaucoup à souffrir. Le 28 mai 1940, eut lieu une première évacuation de toute la population des cantons de Couvin et de Chimay. A leur retour, le 3 juillet, les moines constatèrent le pillage de leur monastère. A nouveau expulsée le 12 avril 1942 la communauté se réfugia à Momignies, au Pensionnat des Frères des Ecoles Chrétiennes. Le 1er septembre 1944, après la libération, elle put réintégrer son abbaye qui avait subi beaucoup de dégâts à l'intérieur. Les terres abandonnées, le cheptel réduit, le matériel disparu ne découragèrent pas les moines qui se mirent à l'ouvre comme aux premiers jours de la fondation et rétablirent l'abbaye telle que nous la connaissons aujourd'hui.

- Histoire de la brasserie de Scourmont

Dès le début de son supériorat, le père Hyacinthe Bouteca songea à doter le monastère d'une brasserie qui assurerait, à côté de l'exploitation de la ferme, des revenus suffisants pour faire vivre une communauté toujours plus nombreuse.

Il faut rappeler avant tout qu'aux talents d'architecte, le père Hyacinthe joignait les qualités très pratiques d'entrepreneur, de conducteur de travaux, voire de maçon.

C'est pourquoi lors de la démolition de la ferme-école, en fin d'année 1859 et pendant l'année suivante, il organisa ces travaux afin que les pierres, briques et charpentes récupérées pussent servir à la construction des étables, des citernes et de la nouvelle brasserie dont il achevait de dessiner les plans. 

Les frères convers furent chargés d'assister les ouvriers spécialisés qui, à l'aide de dynamite, entamèrent le creusement des puits de la brasserie.

Il n'existe aucun document précisant la date à laquelle on sollicita la faculté d'établir la brasserie mais par contre l'abbaye possède la copie de la pièce officielle, du 28 Novembre 1861, qui autorise cette création.

Les bâtiments de la brasserie, comme ceux de la laiterie d'ailleurs, furent achevés en 1862. Les dernières autorisations furent délivrées début 1863 par les membres de la Députation permanente du conseil provincial du Hainaut, qui arrêtaient, en leur séance du 10 Janvier 1863 que "le Sieur Bouteca Liévin est autorisé à établir pour le service de la Trappe, à Forges, deux machines à vapeur destinées, l'une, de la force de 8 chevaux pour faire mouvoir les meules et les accessoires d'une brasserie, l'autre, de la force d'un cheval, pour battre le beurre, appareils alimentés par deux chaudières à vapeur"

L'autorisation du Gouverneur fut prise le 31 Janvier 1863. Toutes les exigences de la loi étant enfin satisfaites, on put s'occuper alors de faire de la bière …

Chimay, tradition et modernité...

Depuis l'inauguration de la brasserie les Trappistes de Chimay ont toujours fabriqué un produit naturel comme cela allait de soi dans la très ancienne tradition monastique de l'art de brasser.

 

L'attachement des moines à leur tradition est célèbre mais discerner les éléments valables du progrès est également une tradition monastique bien établie. Et lorsqu'en 1944, après les malheurs de la seconde guerre mondiale, les moines de Chimay eurent à remettre leur brasserie en état, ils décidèrent de tout repenser en fonction des meilleurs acquis de la célèbre école de brasserie de l'Université Catholique de Louvain, par l'intermédiaire du professeur De Clerck.

Après quelques années d'études, d'expériences, de tâtonnements, c'est en 1948 que la nouvelle orientation de la brasserie fut définitivement acquise. C'est aussi à Pâques 1948 qu'est lancé un brassin prototype qui deviendra la Chimay Bleue. La bière et le fromage furent de plus en plus appréciés et, la demande s'accroissant, les moines se virent obligés d'augmenter leur production pour satisfaire une clientèle qui, ne se limitant déjà plus aux gens de la région, s'étendait dans presque toute la Belgique.

En 1955, les ventes prenant de l'ampleur, l'abbaye décida de confier la distribution de sa bière à la brasserie de la Perle pour une très grande partie de la Belgique.

 

Le 30 Mars 1959, le père Théodore De Haene devenait brasseur et son action fut d'une efficacité remarquable.Chimay, une brasserie monastique au coeur de la société civile...

Comme en témoignait le père Théodore, la brasserie de Chimay s'inscrit comme un acteur économique à part entière de l'environnement local :

"A l'origine la brasserie fut créée dans les abbayes pour faire vivre la communauté. Après la guerre, la demande s'étant fortement accrue, il y avait un choix à faire.
Au début cette situation était fort heureuse car nous sommes sortis de la guerre dans un état financier fort critique. Nous avions du déménager quatre ou cinq fois. Ajoutez à cela l'aide à la résistance.
Alors, que faire ? La première solution était d'agir comme St Sixtus. Là bas ils n'ont jamais eu le moindre problème. Mais à Rochefort et Orval, ce fut autre chose. Eux aussi étaient appelés à la croissance. Ils ont dit "Pour vivre il nous suffit de quatre brassins par semaine. Nous n'en ferons pas plus.". Tout ceci est très beau, très édifiant.
Il ne s'agit pas de les critiquer. Il s'agit de regarder simplement la situation économique de nos régions. Ici, le fermier gagne difficilement sa croûte. Les jeunes constatent la difficulté de la vie dans nos régions, filent en ville. Ils essaient de trouver du travail et finissent au chômage.
Nous moines, avons nous le droit de dire : "Petit Jésus, je t'aime beaucoup. Et moi je fais le sacrifice de tout ça. Je ne fais que quatre brassins pour mieux prier. Donc, pour mieux prier, les autres n'ont qu'à aller au chômage ?" Nous sommes restés longtemps dans l'indécision.
C'est vrai qu'il y avait péril pour notre vie religieuse. Le côté affairiste pouvait prendre le pas sur ce qui pour nous, est essentiel : la recherche de Dieu dans la vie communautaire, dans la prière liturgique et dans la prière...Voyez vous , ma vie contemplative fait partie de mon métier de brasseur. Je dois chercher et trouver Dieu ici."

 

A la retraite du père Théodore, le père Vinel lui succéda pour 2 ans avant d'être lui même remplacé par Dom Thomas Vilain. Ce dernier mourut dans le courant du mois de Juin 2000.

La salle de brassage renouvelée en 1989 permet de réaliser deux brassins quotidiens. Le soutirage a été transféré en Novembre 1978 au complexe industriel de Baileux, à quelques kilomètres de l'abbaye. La production de 1999 atteignit 105.000 HL, l'objectif pour le début des années 2000 étant d'atteindre 120.000 HL.

 

Le site de Baileux effectue l'embouteillage et héberge également les services marketing et commerciaux. C'est un exemple de modernité et de productivité, qui permet d'aboutir à ce que la Chimay est aujourd'hui la bière trappiste probablement la plus connue au monde. Celle ci obtient de bons résultats à l'exportation, notamment vers les USA et le Japon.

La réflexion de père Théodore évoquée ci dessus prend tout son relief et garde toute son acuité de nos jours. Nous laisserons aux moines de Chimay le soin d'en juger.

Les bières

Chimay Bleue

La robe brun-noir de la Chimay Bleue est couronnée d’une belle mousse de couleur coquille d’œuf.

Cette bière trappiste développe un bouquet très personnel et élégant de pommes bien mûres, de dattes et de cassonade. Ces arômes sont complétés de touches de levure et de marrons grillés.

La Chimay Bleue offre une attaque puissante de houblon qui évolue en une belle acidité et en tonalités amères qui évoquent les bonbons au café. La bouche se conclut en beauté par une finale soulignée de zestes d’orange confits.

)Délicieuse avec les plats de gibier aux champignons des bois et purée de marrons. Elle accompagne aussi très bien la betterave rouge et le lard rôti avec des dés de pomme caramélisés.

Brasserie : Abbaye Notre-Dame de Scourmont

Fermentation : Fermentation haute, avec refermentation en bouteille

Température de service : 10 à 12 °C

Alcool :9 % vol

Chimay Rouge

 

Cette bière trappiste offre une superbe robe qui fait penser au thé concentré, longuement infusé. Une belle couronne de mousse crème parachève le tout.

Les arômes, expressifs, font penser à une balade automnale en forêt : vous y décelez des nèfles bien mûres et des touches de mousse et de feuilles. Le tout souligné d’un soupçon d’arômes mûrs de thé noir.

La Chimay Rouge présente une attaque puissante et chaleureuse. La bouche se fait ensuite plus complexe, avec une délicate amertume et une note de réglisse.

Un vrai régal avec la viande de bœuf rôtie en sauce. La Chimay Rouge accompagne aussi parfaitement les fromages au lait de vache cru bien affinés ainsi que les anchois, sardines et maquereaux. La salade de feuilles de chêne aux noix et vinaigre balsamique est également un grand classique.

Brasserie : Abbaye Notre-Dame de Scourmont

Fermentation : Fermentation haute, avec refermentation en bouteille

Température de service :10 à 12 °C

Alcool :7 % vol

 

Chimay Triple

 

La robe dorée de la Chimay Triple dévoile de subtils reflets bruns. Cette bière trappiste est recouverte d’un superbe col de mousse bien ferme.

De délicats et élégants arômes de fruits à noyau (principalement abricot) emplissent le nez. Vous découvrez aussi des arômes typiques de bière, tels que le houblon et la levure fraîche.

La Chimay Triple est d’abord chaleureuse et crémeuse en bouche, avant d’évoluer vers une finale légèrement amère teintée de notes de pamplemousse.

Un plateau de fromages fruités, comme le comté, invite à la dégustation d’une Chimay Triple. Cette bière trappiste escorte aussi idéalement les plats orientaux à la coriandre. Pensez également à la volaille rôtie en sauce à l’orange et au poisson blanc cuit au beurre.

Brasserie Abbaye Notre-Dame de Scourmont

Fermentation Fermentation haute, avec refermentation en bouteille

Temp. 6 à 8 °C

Alc. 8 % vol

à découvrir : L'Abbaye de Notre Dame de Scourmont

Source & Crédits photos : Trappistbeer.net

 

 

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