Le Monastère de Notre-Dame de Saint-Benoît est situé sur la commune d'Achel, en Campine (Limbourg belge). Les bâtiments de l'Abbaye se trouvent en Belgique, mais le jardin est presque complètement en Hollande : c'est une vaste propriété que longe la ligne de chemin de fer qui joint Hasselt (Belgique), distant de 40 kilomètres, à Eindhoven (Hollande), distant de 20 kilomètres.

 

C'est dans le jardin (en territoire belge) que, pendant la grande guerre les Allemands tendirent des fils électriques, comme ils en avaient tendu tout au long de la frontière hollando-belge, pour empêcher les Belges de se rendre en Hollande et, de là, en Angleterre ou en France.

En 1687, à Meersel, petit hameau dépendant de la commune de Merle (arr. de Turnhout), fut élevé par Jean de Wyse, riche armateur de Bréda, un Monastère destiné à recevoir des capucins. Ce couvent, prospère jusqu'à la Révolution, fut alors vendu comme tant d'autres, tandis que les religieux en étaient chassés.

Lorsque la petite communauté de Meersel-Dreef s'est installée en 1846 à Achel, celle ci prit place dans un couvent qui ne comprenait alors plus la brasserie dont il était équipé quelques décennies plus tôt. Les premières bières servies au monastère nouvellement occupé furent achetées chez des brasseurs locaux. Les principaux fournisseurs furent Koeckhofs de Achel, F.H Spaas, J. Simons et la veuve Ballings de Hamont.

 

Le couvent connaissant une croissance et, comme l'exige la vie monacale, tentant de se préserver autant que possible de la vie extérieure, une autorisation de brasser sa propre bière est alors requise par l'abbaye, qui en obtient l'autorisation officielle par un arrêté royal du 12 Juillet 1850. On sait, à la lecture des factures qu'a pu conserver l'abbaye, que le tonnelier Koeckhofs de Achel ainsi que Monsieur Kloosterman (nom prédestiné faut il croire) ont contribué à l'installation des cuves de la brasserie.

 

Il est probable que cette première brasserie n'ait été tout à fait opérationnelle que vers 1852. Une malterie fut également installée sur place. Le houblon était alors acheté dans la région de Liège, réputée pour sa production de qualité, auprès de la firme Carpay (Carpet ?) de Oupeye.

Quel fut alors le volume de production ? on ne le sait pas, mais il est plus que probable que la production était alors exclusivement réservée à la communauté. Certains document attestent pourtant de livraisons de bière à l'extérieur de l'abbaye, mais cela restait très occasionnel, pour ne pas dire rare.

 

Selon les mémoires du père Edmond Van Well, la brasserie était alimentée par un tuyau souterrain directement relié au ruisseau Tongelreep tout proche. Si l'on en croit ce témoin, la qualité de la bière était très bonne et l'abbaye brassait alors une bière forte de 12° dénommée " 'T Patersvatje " (le petit fût du Père) qui soutenait la comparaison par rapport aux autres bières régionales de l'époque.

 

On ne sait plus qui fut le premier brasseur, mais le nom de Ceusters revient régulièrement dans les déclarations d'accises, et il fut peut être effectivement le premier brasseur. Lui succédèrent Wouters Vessem en 1872 et Gerard Slegers jusqu'en 1912. Un seul brassin par mois était déclaré aux accises, confirmant la destination principalement communautaire de la production. La brasserie fut parfois inscrite aux registres aux noms des pères abbés, c'est ainsi qu'on constate une dénomination "brasserie Verstraeten" de 1896 à 1913 et "brasserie Lans" de 1913 à 1926, du nom des pères abbés de l'époque.

 

Au cours de la guerre 1914-1918, l'abbaye fut prise sous le feu allemand et les moines obligés de la quitter se résolurent à habiter des cabanes non loin de là. Un arrêté allemand de saisie de l'étain et du cuivre aboutit au démantèlement de la brasserie, dont le matériel, d'un poids déclaré de 725 kg, fut démonté et expédié à Vivegnis en province de Liège.

 

Une fois la guerre achevée, l'abbaye dépose un dossier de dommages de guerre auprès du ministère de la guerre, afin de rénover le couvent et remonter la brasserie. Pourtant cette demande n'aboutit pas, le couvent ayant été mis au nom de deux moines néerlandais. L'affaire dure jusqu'en 1925, et les moyens manquent pour reconstruire la brasserie, dont le projet de restauration est abandonné.

Le temps passe, et plus de 80 années s'écoulent avant que ne ressurgisse le projet d'une brasserie, finalement fondée en septembre 1998, et constituant alors la sixième authentique brasserie trappiste belge.

Entretemps, les moines de Saint Benoît avaient fait produire leur bière par différentes brasseries belges. C'est ainsi que la brasserie De Kluis de Hoegaarden, alors dirigée par Pierre Celis, vint à produire une "Trappistenbier De Achelse Kluis" bientôt renommée en "Sint Benedict - trappisten abdij". Lorsque la brasserie De Kluis brûle en 1985, la production est reprise par Sterkens à Meer, qui brasse alors une "Kluyserbier Achel", puis la brasserie de Teut à Neerpelt de 1991 à 1995.

En 1998, donc, décidant de reprendre eux mêmes la production, des essais furent effectués par les moines sur plusieurs types de bière, d'abord 2 blondes et 1 brune, de forces différentes entre 4% et 6%. Les premières bières furent disponibles uniquement à la pression, aucune mise en bouteille n'étant prévue aux débuts de la brasserie. Frère Thomas, célèbre brasseur de Westmalle vint concevoir les premières "ébauches" des bières initiales de Achel, et Frère Antoine (ancien brasseur de Rochefort) se trouvant alors en retraite à l'abbaye d'Achel, prit le relais pour faire vivre le projet, mais aussi pour développer et améliorer la gamme des bières.

On trouve aujourd'hui (2003) à la brasserie, après diverses évolutions de la gamme des bières, une brune pression titrant 5%, une blonde pression titrant 5%, une triple 8% refermentée en bouteille ainsi qu'une brune 8% en bouteille. Occasionnellement, une bière brune plus forte de 9% environ est également brassée. La brasserie St Josef d'Oppiter prêta un moment main forte pour l'embouteillage des bières blondes. Les bières de Achel sont désormais (2005) embouteillées à la brasserie BIOS-Van Steenberge, à Ertvelde.

 

 

http://www.trappistbeer.net/trappist_portal.htm

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